L’essentiel en 3 points
- L’Anses qualifie un régime d’hyperprotéiné quand les protéines fournissent plus de 27 % des calories, alors que la référence pour l’adulte est de 10 à 20 %.
- À calories égales, un régime plus riche en protéines fait perdre un peu plus de poids et de graisse et un peu moins de muscle, mais l’écart reste faible, de l’ordre de 0,4 à 0,8 kg.
- Chez l’adulte en bonne santé, les essais ne montrent pas d’atteinte des reins, mais l’Anses demande un bilan rénal avant tout régime chez les personnes à risque d’insuffisance rénale.
Qu’appelle-t-on un régime hyperprotéiné ?
Un régime hyperprotéiné est un régime dans lequel les protéines (viande, poisson, œufs, produits laitiers, légumes secs…) occupent une part inhabituelle des calories. Ce n’est pas la quantité dans l’assiette qui compte, mais la part des protéines dans l’apport énergétique total.
Dans son rapport de 2010 sur les régimes amaigrissants, l’Anses retient un seuil : un régime est dit hyperprotéiné quand les protéines fournissent plus de 27 % des calories1.
Pour comparaison, l’Anses fixe la référence en protéines de l’adulte en bonne santé à 0,83 g par kilo de poids et par jour, et indique que les protéines devraient représenter 10 à 20 % de l’apport énergétique chez l’adulte2. Pour une personne de 60 kg, 0,83 g/kg correspond à environ 50 g de protéines par jour. L’agence précise aussi qu’aucune limite supérieure de sécurité n’a pu être fixée, faute de données suffisantes2.
Le régime Dukan vu par l’Anses
Le plus connu des régimes hyperprotéinés en France est celui du Dr Dukan. L’Anses en résume ainsi les étapes, d’après le livre Je ne sais pas maigrir1 :
- une phase d’attaque de 5 jours, avec des protéines « pures » ;
- une phase de croisière, qui alterne des jours uniquement protéinés et des jours protéines plus légumes, à raison d’environ une semaine par kilo perdu ;
- une phase de consolidation de 10 jours par kilo perdu, qui réintroduit un fruit, du pain complet, du fromage et quelques féculents ;
- une stabilisation définitive, avec un jour protéiné par semaine, le jeudi, à vie.
L’Anses a calculé les apports des menus types1. Les trois phases étudiées du régime Dukan sont classées hyperprotéinées et non hypocaloriques : la phase 1 apporte environ 1 840 kcal par jour, dont 246 g de protéines, soit 53 % des calories. C’est la part la plus élevée des quinze régimes analysés.
Rapporté au poids, l’apport dépasse 2,2 g par kilo et par jour dans les trois phases, et même 3,5 g chez la femme en phases 1 et 3, soit plusieurs fois la référence de 0,83 g1.
Les mêmes calculs relèvent d’autres déséquilibres1 :
- Très peu de fibres : environ 3 g par jour en phases 1 et 2, pour un apport conseillé de 25 g.
- Trop de sel : les trois phases dépassent la limite de l’OMS (5 g de sel par jour), et la phase 1 la dépasse de plus du double.
- Pas assez de vitamine C dans les trois phases pour couvrir le besoin moyen de l’adulte.
Le régime Dukan n’est pas le seul concerné. Dans les tableaux de l’Anses, d’autres régimes ou phases dépassent aussi 27 %, par exemple la première phase du régime Atkins (35 %) ou plusieurs phases du régime Fricker, jusqu’à 40 %1. Pour un régime très pauvre en calories d’un autre type, voir le régime Mayo.
Fait-on maigrir davantage avec plus de protéines ?
Pour répondre, il faut comparer des régimes à calories égales. Sinon, on mesure surtout l’effet de manger moins.
Une méta-analyse publiée en 2012 a réuni 24 essais et 1 063 adultes, suivis en moyenne 12 semaines3. À calories égales, le régime riche en protéines faisait perdre en moyenne 0,79 kg de plus, 0,87 kg de graisse de plus, et limitait un peu la perte de masse maigre (0,43 kg de masse maigre conservée en plus). Les auteurs parlent de bénéfices « modestes »3.
Une autre synthèse, plus large, a rassemblé 74 essais4. Elle trouve elle aussi des effets faibles à modérés en faveur des régimes plus riches en protéines sur le poids et le tour de taille. Les troubles digestifs y étaient plus fréquents. Les auteurs concluent que ces effets sont faibles et doivent être mis en balance avec les inconvénients possibles4.
Et sur le long terme ?
C’est la vraie question : selon l’Anses, la perte de poids obtenue par un régime est rarement durable et souvent suivie d’une reprise de poids1. Une méta-analyse de 2014 n’a retenu que des études avec au moins 12 mois de suivi : 32 études et 3 492 personnes5.
Le conseil de manger plus de protéines et moins de glucides restait associé à un léger avantage : environ 0,4 kg de poids et 0,4 kg de graisse en moins. L’effet était plus net quand l’écart de protéines entre les régimes atteignait au moins 5 points, et quand les participants suivaient réellement le régime5.
Autrement dit, l’avantage existe, mais il est petit. Il ne justifie pas les promesses de perte de poids rapide et durable.
Les risques décrits par l’Anses
Perte de masse maigre. Tout amaigrissement fait perdre du muscle en plus de la graisse, quel que soit le régime. Selon l’Anses, cette perte est atténuée quand l’apport en protéines est suffisant et quand le régime est associé à une activité physique1. C’est un argument en faveur d’un apport correct en protéines pendant un régime, pas en faveur d’un excès. Sur l’activité physique, voir les bienfaits de la marche.
Os. Un excès de protéines, surtout associé à beaucoup de sel, peut augmenter la perte de calcium dans les urines. Mais l’Anses juge les études peu nombreuses et contradictoires, et estime prématuré de conclure à un effet propre des régimes hyperprotéinés sur les os, au-delà de celui de la perte de poids elle-même1.
Reins. Un apport élevé en protéines augmente le travail de filtration des reins. Selon l’Anses, il ne provoque pas pour autant de lésion du rein ni d’insuffisance rénale1. Pour un régime hypocalorique, le risque n’est pas avéré, à condition de ne pas avoir d’insuffisance rénale déjà déclarée. Exemple donné par l’Anses : à 1 200 kcal par jour, 30 % de protéines représentent 90 g, soit 1,5 g/kg pour une personne de 60 kg1.
Les régimes hyperprotéinés non hypocaloriques, comme les menus Dukan analysés, dépassent en revanche les 2,2 g/kg/j que l’Anses considère comme la limite des apports satisfaisants. L’agence demande donc un bilan rénal avant tout régime chez les personnes à risque d’insuffisance rénale1.
Les méta-analyses d’essais vont dans le même sens pour les adultes en bonne santé. Une synthèse de 28 essais et 1 358 participants n’a pas trouvé de dégradation de la fonction rénale avec des apports élevés en protéines6. Une méta-analyse de 2026 sur 22 essais aboutit à la même conclusion, tout en soulignant que les essais sont courts et que les effets à long terme restent incertains7.
Sel, fibres et digestion. L’Anses rappelle que l’excès de sel de certains régimes, principalement hyperprotéinés, favorise la hausse de la tension artérielle1. Le manque de fibres expose à la constipation, et suivi longtemps, à un risque accru de cancer colorectal selon les données citées par l’agence1.
En pratique
Manger assez de protéines est utile, surtout quand on mange moins : cela aide à préserver ses muscles. Mais les essais montrent un gain de poids modeste avec des régimes plus riches en protéines, et rien ne justifie les apports très élevés de certains régimes du commerce, ni l’exclusion des féculents, des fruits et des légumes.
Si vous souhaitez perdre du poids, un médecin ou un diététicien peut vous aider à trouver une façon de manger adaptée et tenable. Pour savoir comment nous choisissons nos sources, voir notre méthode. D’autres régimes sont décryptés dans la rubrique Poids et régimes, par exemple la méthode Montignac ou le jeûne.
Ce que l’on ne sait pas
La plupart des essais sur les régimes riches en protéines sont courts : 12 semaines en moyenne dans la méta-analyse de 2012 sur la perte de poids. Les effets à long terme sur les reins restent incertains, et l’Anses juge les données insuffisantes pour conclure sur les os. Les menus très riches en protéines du régime Dukan n’ont pas été évalués par les essais cités ici.
Quand consulter
- Avant tout régime riche en protéines si vous avez une maladie des reins ou si l’on vous a dit que vos reins devaient être surveillés : l’Anses recommande un bilan rénal chez les personnes à risque d’insuffisance rénale.
- Avant de commencer un régime si vous avez une maladie chronique ou un traitement au long cours, si vous êtes enceinte ou allaitez, ou s’il s’agit d’un enfant ou d’un adolescent.
- Si les régimes se succèdent, ou si le contrôle de votre alimentation prend une place envahissante dans vos pensées.
Sources
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Anses, Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement, rapport d’expertise collective, novembre 2010, p. 11, 16-18, 23, 27, 30, 33-34, 37, 39, 47-50, 53, 56 et 80. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
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Anses, Protéines : rôle, sources et apports recommandés, page consultée en novembre 2026. ↩ ↩
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Wycherley TP, Moran LJ, Clifton PM, et al. Effects of energy-restricted high-protein, low-fat compared with standard-protein, low-fat diets: a meta-analysis of randomized controlled trials. American Journal of Clinical Nutrition, 2012;96(6):1281-1298. PubMed 23097268, DOI 10.3945/ajcn.112.044321. ↩ ↩
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Santesso N, Akl EA, Bianchi M, et al. Effects of higher- versus lower-protein diets on health outcomes: a systematic review and meta-analysis. European Journal of Clinical Nutrition, 2012;66(7):780-788. PubMed 22510792, DOI 10.1038/ejcn.2012.37. ↩ ↩
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Clifton PM, Condo D, Keogh JB. Long term weight maintenance after advice to consume low carbohydrate, higher protein diets: a systematic review and meta analysis. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 2014;24(3):224-235. PubMed 24472635, DOI 10.1016/j.numecd.2013.11.006. ↩ ↩
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Devries MC, Sithamparapillai A, Brimble KS, et al. Changes in kidney function do not differ between healthy adults consuming higher- compared with lower- or normal-protein diets: a systematic review and meta-analysis. Journal of Nutrition, 2018;148(11):1760-1775. PubMed 30383278, DOI 10.1093/jn/nxy197. ↩
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Teixeira Silva PR, Santos P, de Miranda Silva Nogueira PA, et al. Effects of high-protein diets on renal function and body composition in adults without chronic kidney disease: a systematic review and meta-analysis of randomised trials. Diabetes, Obesity and Metabolism, 2026;28(9):7672-7683. PubMed 42289790, DOI 10.1111/dom.70996. ↩
Ces informations sont générales et ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.